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Solenne Pourbaix
ÊTRE HUMAIN
Tome 1 : Loup
Chapitre 9
Quand Jeanne ouvrit les yeux, il faisait jour dehors. Le temps couvert lui permit de ne pas avoir les yeux brûlés par la lumière. Elle chercha un réveil, une horloge, n'importe quoi qui donne l'heure sans avoir besoin de sortir du lit et tomba sur la montre en argent de Nick. Bel objet, pas étonnant qu'il ne la porte pas tous les jours. Encore un peu endormie, elle réussit tout de même à lire qu'il était onze heures. Elle reposa la tête sur l'oreiller imprégné de l'odeur de Nick et resta quelques minutes dans un demi-sommeil. Doucement, des douleurs se réveillaient un peu partout dans son corps. Dans ses hanches, son ventre, ses côtes, ses bras, son visage. Elle sentait sa lèvre supérieure enflée et sa pommette l'irradiait, elle pouvait sentir son cœur battre dans sa joue.
Dans la pièce à coté, elle commençait à entendre parler, deux voix d'hommes mais elle était encore trop ensuquée pour les comprendre. Elle se leva doucement et chercha un miroir pour voir l'étendue des dégâts. Elle en trouva un dans la salle de bain et fut atterrée. Il ne l'avait pas ratée. Sa pommette avait viré au violet, son arcade était ouverte, sa lèvre aussi, elle était surprise que ses dents tiennent encore. Le reste de son corps aussi se couvrait d'ecchymoses peu à peu. Elle se passa le visage sous l'eau, s'habilla rapidement, mit quelques croquettes à son chat qui dormait sur le lit, et s'approcha de la porte. Elle avait la main sur la poignée quand elle reconnu la voix de Loup. Elle colla son oreille contre la serrure et entendit Nick qui disait d'un ton autoritaire : « Tu dois lui dire ! » La voix de Loup semblait pleine d'un mélange entre de la colère et de l'inquiétude. « Je ne peux pas lui dire ça, bordel !
- Mais tu te doutes bien qu'elle finira par le savoir ! Si elle reste avec nous elle le saura forcément !
- Mais comment veux-tu dire une chose pareille toi !
- Tu préfères peut-être qu'elle l'apprenne toute seule, par hasard, en vous voyant revenir d'une chasse ? » Loup ne répondit pas, ou à voix trop basse pour que Jeanne l'entende. Nick reprit : « Je sais que c'est pas simple et qu'elle risque de ne pas te croire mais si tu veux qu'elle reste, si tu veux en faire une amie, il faut qu'elle sache !
- Mais mets-toi à sa place ! » Loup avait de nouveau monté le ton. « Si elle panique ! Si elle veut partir ! Elle se remettra en danger ! » Nick resta silencieux un instant puis dit plus calmement : « Wolf, sérieusement, pour sa sécurité, pour sa confiance, tu dois lui dire. Elle n'a déjà pas sa place à nos côtés, si en plus tu le lui caches, elle risque de se faire tuer. Tu la laisserais seule avec Jean sans qu'elle le sache ?
- Je ne la laisserais seule avec aucun des jeunes... » Ils parlèrent de nouveau à voix trop basse pour qu'elle entende. Parfois elle percevait un mot : « Excuses : mensonge : danger... » Elle finit par ouvrir la porte pour entrer dans le salon.
Elle y trouva Nick et Loup, face à face. Loup disait : « Je sais que tu as raison, mais je ne peux pas lui dire, pas maintenant...
- Me dire quoi ? » Ils sursautèrent et Loup, pris au dépourvu, tourna le dos et se dirigea vers la fenêtre qu'il ouvrit pour allumer un cigare. « Rien, ne t'en occupes pas... » Nick poussa un long soupir et demanda : « Tu as bien dormi ? Je suis désolé, je ne pensais pas héberger quelqu'un, c'est un peu le bordel.
- Pas grave. J'ai bien dormi, c'est agréable des draps qui ne sentent pas le parfum bon marché et le gel douche. » Nick sourit et se dirigea vers sa kitchenette pour préparer du café. Jeanne s'étira et dit : « Bon en tout cas merci, ça m'aurait pas arrangée de dormir dans la rue avec Tertone et tout.
- De rien miss. De toute façon, j'ai pas eu le choix. » Il rit et jeta un regard à Loup qui gardait le dos tourné. La jeune femme se retint de sourire pour ne pas faire craquer de nouveau sa lèvre mais dit : « De toute façon, je vais pas te déranger longtemps, je pense que j'irai récupérer mes affaires et squatter chez mes copines. » Zut, à force de parler sa lèvre s'était rouverte, elle sentit un filet de sang lui couler dans la bouche mais n'eut pas le temps de s'en inquiéter.
Loup s'était retourné pour protester mais en voyant l'état dans lequel elle était, il sembla entrer dans une rage folle. Il la fixait de ses yeux jaunes, les lèvres retroussées en un rictus terrifiant. Ses poings étaient serrés et il tremblait de tous ses membres. Nick se plaça entre Jeanne et lui, en position défensive, les muscles tendus. Un grondement résonnait du fond de la gorge du géant et il finit par hurler : « Je vais tuer ce type ! » Jeanne rentra la tête dans ses épaules, elle avait soudain incroyablement peur. Loup lui paraissait encore plus grand qu'avant, ses traits contractés par la haine donnaient l'impression d'une bête furieuse. D'un geste souple, il bondit vers la porte, il avait traversé le salon en une foulée et Nick, qui avait tenté de s'interposer, avait fini repoussé plus loin violemment. Jeanne devait faire quelque chose, s'il partait, il tuerait Bastien. En plein jour, devant témoins. Mais si le grand Nick, bien plus costaud qu'elle, avait été éjecté si facilement, elle ne pourrait pas lutter non plus. Pourtant, juste quand Loup allait ouvrir, ou arracher, la porte, elle se précipita devant lui, les bras écartés en criant : « STOP ! » À sa grande surprise, l'homme s'arrêta et la fixa. Une lueur de folie brillait toujours dans ses yeux mais il semblait reprendre peu à peu le contrôle de lui-même. Avançant vers lui, Jeanne le fit reculer jusqu'au milieu du salon où Nick tentait de se relever.
Restant sur ses gardes, elle attendit que Loup semble de nouveau maître de lui avant de parler. Le sang de sa lèvre coulait un peu plus abondamment dans sa bouche mais elle s'en moquait. Elle fixait le regard de Loup, son regard gris et glacé. Quand elle fut un peu rassurée, elle finit par dire, d'une voix qu'elle essayait de rendre calme malgré sa peur, ses jambes tremblantes et la sueur qui lui coulait dans le dos : « Il ne vaut pas la peine de se salir les mains. Il ne mérite pas de finir en prison pour lui. » Loup la fixait, il avait ce regard qui analysait, qui scannait l'âme. « Pas pour lui. » Il fit demi-tour et retourna à la fenêtre. Nick dévisageait la jeune femme, les sourcils froncés, un air incrédule sur le visage. Jeanne, les mains encore tremblantes, se servit un verre d'eau qu'elle but d'un trait puis dit : « Bon, sinon, vous voulez bien m'aider à déménager chez mes copines ? » Nick commença à acquiescer mais la voix dure de Loup tonna : « Non ! » Jeanne frémit mais elle commençait à en avoir assez d'être contrariée tout le temps. À quoi bon jouer les grands protecteurs si c'était pour ne rien lui laisser faire ?
Elle prit une grande inspiration mais sentait ses mains qui tremblaient un peu plus. « Et on peut savoir pourquoi d'un seul coup je dois me débrouiller seule ?
- Ce n'est pas ça. Je ne veux pas que tu ailles vivre chez tes amies, c'est tout.
- Mais... en quoi ça vous regarde ? Il faut bien que je vive quelque part, de toute façon ! » Tous les deux étaient à cran et le ton monta rapidement. Nick s'était reculé et observait la scène sans trop réaliser ce qu'il se passait. Quelqu'un tenait tête à Loup. C'était rare, très rare, et ça finissait souvent mal pour la personne qui s'opposait à lui. Loup reprit : « Tu as besoin de te reposer et de te soigner.
- Je pourrai le faire chez elles. » Ses yeux étaient redevenus mauvais et un tic nerveux soulevait le coin de sa lèvre. « Tu n'y serais pas en sécurité. Tu dois rester avec nous ! » Cette fois Jeanne explosa : « Quoi ? Mais n'importe quoi ! De quel droit ? Vous vous prenez pour qui, bordel ! On se connaît même pas ! Vous m'avez aidée, OK, mais si vous n'aviez pas joué au plus viril hier, je ne serais pas dans cet état ! Alors sans déconner, vous avez pas intérêt à me faire chier ! Vous voulez pas m'aider ? Super ! Je me débrouillerai toute seule ! Ce ne sera pas la première fois ! » Elle saisit son sac qui traînait par terre et lança à Nick : « Je reviendrai prendre mes affaires et mon chat dès que je serai posée, merci encore. » Puis elle partit vers la porte.
Elle avait à peine posé la main sur la poignée qu'elle sentit la poigne puissante de Loup se refermer sur son bras. Elle gémit mais en une seconde, elle fut captive de ses bras et elle sentit les lèvres du Danois s'écraser sur les siennes. D'abord surprise, elle s'était plutôt attendue à se faire tuer, elle finit par se débattre mais il la maintenait puissamment. Elle entendit vaguement Nick crier quelque chose et l'étreinte du géant se relâcha. Elle en profita pour fuir, courant dans la rue le plus rapidement possible par rapport à ce que son corps abîmé lui permettait de faire. Après quelques minutes, elle se dirigea vers le jardin public, sous une légère bruine, et s'assit sur un banc. Elle passa un doigt sur ses lèvres et sourit.
Elle resta un instant sans bouger, reprenant son souffle et tentant de remettre ses idées au clair, puis elle fini par téléphoner à Nadia. Cette dernière répondit rapidement : « Oui Jeanne, ça va ?
- Non, pas vraiment.
- Oh merde ! Qu'est-ce qu'il y a ? T'as une drôle de voix...
- Non non, c'est rien. Rien de grave en tout cas... Juste, euh... Bastien m'a un peu virée de l'appartement et du coup... je me demandais si tu pouvais pas m'héberger le temps que je trouve un truc. » Il y eut un silence gêné puis Nadia répondit : « Jeanne, putain, fait chier... J'aurais bien voulu mais en fait on loge la sœur d'Émilie et sa fille. Elle est en plein divorce. C'est la mode ou quoi ? Y a une saison chez les hétéros pour les ruptures ? » Jeanne rit, grimaça de douleur et finit par dire : « Bon c'est pas grave, t'inquiète pas, je suis pas aux abois... » Bien sûr que si, elle l'était. Elle appela ensuite Boris, son dernier espoir, mais celui-ci ne pouvait pas non plus. La situation avec sa femme était tendue et il préférait ne pas envenimer les choses. Elle était très jalouse alors elle pourrait mal interpréter sa venue. Jeanne, comme toujours, avait assuré que non, ce n'était pas grave, elle avait un plan B, il n'y avait aucun soucis, mais à peine eut-elle raccroché qu'elle éclata en sanglots. C'en était trop, ses nerfs lâchaient. Elle se retrouvait seule sous la pluie, sans logement, son argent resté chez elle, son chat chez un inconnu, sans possibilité de continuer son travail. Elle n'avait même plus de taser, resté chez elle. Ni de bombe lacrymogène, restée chez elle. Juste son sac à main vide, il y avait seulement ses clefs et son téléphone, même pas un paquet de mouchoirs...
Elle avait dû s'endormir sans s'en rendre compte car elle sentit soudain de la chaleur autour d'elle. Quelqu'un lui avait mit un blouson sur les épaules. Quand elle bougea la voix de Loup, un peu atténuée par la pluie battante, lui dit : « Je suis venu m'excuser. Tu as raison, je n'ai pas à essayer de te contrôler. » Elle haussa les épaules, elle n'était plus à ça près. « Tu me pardonnes?» Elle acquiesça, il était après tout la dernière personne qui était sympathique avec elle. « Je suis allé prendre un fourgon, si tu veux on pourra aller chercher tes affaires. Je pourrai les garder chez nous pendant que tu logeras à l'hôtel. Ça te convient ? » Elle acquiesça de nouveau. Il se leva et lui tendit une main. Elle tenta de se relever seule mais elle commençait à avoir vraiment mal partout. Elle saisit donc la main tendue et put se lever. Elle voulu rendre son blouson à Loup mais il fit signe de le garder : « Tu es trempée. » Il poussa une mèche de cheveux collée sur son front et elle répondit : « Vous aussi...
- Moi, ce n'est pas grave. »
Il était environ dix-sept heures quand ils se garèrent non loin de l'immeuble de Jeanne. Ils étaient passés prendre des cartons vides dans une grande surface et avaient gardé un silence un peu tendu tout le temps. Quand Jeanne ouvrit la porte, Bastien n'était pas rentré, il ne tarderait pas. Elle chargea en premier ses armes et son cochon tirelire histoire d'être certaine que son ex ne lui pose pas de soucis. Loup faisait les allers-retours au camion, infatigable mais nerveux. Elle essayait de faire au plus vite pour éviter d'être encore là quand Bastien rentrerait mais elle avait une quantité assez incroyable de choses accumulées en sept ans. Des livres, des jeux-vidéos, des DVD, des CD, des figurines... Toutes ces choses que l'on achète sans jamais se dire qu'un jour on pourrait déménager.
Elle était en train de ranger des films dans un carton quand elle entendit : « T'es gentille, mais il est à moi, celui-là ! » Sans se retourner, elle regarda le DVD et le jeta sur le canapé : « Underworld, ouais... y a que toi pour vouloir acheter une merde pareille.
- Tu peux parler avec tes films à crever d'ennui. » Il prit une voix aiguë et imita : « Mais si, chéri, je te jure, tu vas voir, Fargo, c'est un super film !
- Ah oui, excuse-moi, y a pas d'explosions partout, de gonzesses siliconées et de scènes de cul... Encore qu'à un moment on voit Peter Stormare à poil ! Rien que pour ça, ce film mérite un Oscar !
- Tu sais, t'es pas obligée de mater des films intellos, hein, ça te rendra pas moins conne, pauvre salope ! » Elle s'était redressée et faisait face à Bastien, le fusillant du regard. Elle allait lui répondre quelque chose, mais Loup venait d'arriver derrière lui. Il le regardait de haut, son regard trahissant sa colère. Jeanne se contenta donc de sourire, faisant de nouveau craquer la coupure de sa lèvre. Quand Bastien se retourna pour partir, il heurta le géant et fut repoussé en arrière. « Ah, c'est là ça ! Ça m'aurait étonné ! Il faut être drôlement serviable, dis donc, pour avoir ton cul ! Je me souvenais pas de ça ! » Les poings de Loup se crispèrent et Jeanne lui fit non de la tête. Il réussit à garder le contrôle mais il était tendu, la mâchoire contractée, prêt à laisser éclater sa rage et sa violence. Bastien dut le sentir car il ne dit plus rien, restant à surveiller ce que faisait la jeune femme en silence.
Après une petite heure, la pluie tombait toujours, la nuit tombait et Jeanne annonça : « C'est bon, ceux-là ce sont les trois derniers, mais ils sont lourds, c'est les bouquins, calés avec des fringues.
- T'appelles tes serpillières des fringues, toi ? » Un grondement sourd jaillit du fond de la gorge de Loup, faisant taire de nouveau le jeune homme. Loup prit deux cartons, Jeanne le troisième et ils avancèrent dans les escaliers, mais ils n'avaient même pas atteint le palier de l'étage inférieur que Loup lâcha ses cartons et fit demi-tour. D'une simple poussée du plat de la main, il arracha la porte de bois qui fut propulsée dans l'appartement et il se rua sur Bastien avant même que Jeanne ait comprit ce qu'il se passait. Elle lâcha elle aussi son chargement et entra dans l'appartement. Elle trouva Loup rouant de violents coups Bastien dans le couloir étroit de l'appartement. Le jeune homme hurlait mais le Danois criait plus fort : « Tu ne parles pas d'elle comme ça ! » Sa voix était rauque, forte, terrifiante et, par chance, madame Menez était absente. Jeanne, paniquée, tenta de l'arrêter, lui attrapant un bras, mais il la repoussa avec douceur, bizarrement. Ce massacre dura peut-être une minute mais Jeanne crut que ça avait duré une éternité.
Quand Loup lui fit face de nouveau, il était maculé de sang. Bastien gisait à terre, le visage tuméfié, un bras visiblement cassé, et surtout, une grande trace de lacération traversait son thorax. Plusieurs marques parallèles. La jeune femme frémit et Loup dit : « Je l'ai seulement un peu griffé. » Il tendit sa main droite, couverte de sang, devant lui. « J'ai les ongles un peu longs... » C'était vrai, comme pour ceux de certains guitaristes. Ils récupérèrent les cartons et, une fois dans le fourgon, l'homme appela une ambulance, un homme venait de se faire agresser dans son appartement. Ils quittèrent les lieux en silence.
Après quelques minutes, Jeanne demanda : « C'est ça que Nick voulait tant que tu me dises ? Tu es une sorte de mafieux ou de tueur à gages ou je ne sais quoi ? » Il ne répondit pas : « Tu sais que je vais avoir des ennuis avec la police là...
- Non, tu ne seras pas inquiétée, ni moi...
- Donc c'est ça, tu es mafieux ? » Il ne répondit toujours pas et Jeanne, lasse, poussa un long soupir avant de poser sa tête contre la fenêtre froide. Elle avait mal au crâne et ça la soulagea un peu. Elle regardait la pluie dessiner des traits irréguliers sur la vitre, fatiguée et perdue dans ses pensées. La nuit avançait toujours et, dans ce silence pesant, elle se sentit incroyablement seule. Elle avait l'impression de perdre pied, de se noyer, de ne plus rien maîtriser de sa vie. Elle paniquait. Quand le moteur se coupa, face à son hôtel, elle regarda l'enseigne néon clignoter d'un air morne. Elle n'avait pas envie d'y aller, elle n'avait pas envie d'être seule, elle se sentait trop mal pour ça. Si elle restait seule, elle savait que ses pensées deviendraient de plus en plus noires et cette fois, elle ne se raterait pas, pas comme il y avait cinq ans. Loup restait immobile et silencieux. Elle se tourna vers lui et dit d'une voix faible et cassée : « Je... Je ne veux pas rester seule. » Il hocha la tête et dit : « J'ai à faire cette nuit, je te ramène chez Nick. » Il redémarra et la jeune femme se sentit un peu mieux. Elle n'était pas totalement abandonnée finalement.
Chapitre 10
Loup déposa Jeanne devant le bar et attendit qu'elle y fut entrée avant de repartir. Nick la salua chaleureusement et lui servit un verre de jus d'oranges sanguines pressées et achetées spécialement pour elle. Lasse, elle se posa au comptoir et but tranquillement son jus de fruit. Quand Nick fut un peu disponible, il vint lui parler. « Ça va ? Tu as l'air fatiguée.
- Je le suis, c'est pour ça du coup... ça corrobore. » Il sourit et lui servit un autre verre. « Je pense que Wolf aussi est fatigué. Il risque de s'absenter un peu pour se... euh... détendre. » Elle haussa les épaules, indifférente. Elle aurait aimé discuter un peu plus mais Nick avait beaucoup de monde à servir ce soir-là. S'ennuyant à mourir, la jeune femme passa derrière le bar, à la grande surprise de tout le monde, et commença à servir les clients. Nick, s'il lui dit au début que ce n'était pas la peine, fut vite ravi de son coup de main. Pourtant au bout d'une heure à peine, un des clients habitué l'appela. « Nick ! Y a un souci avec la miss ! » Le barman vint la voir. Elle avait le teint livide et de grosses gouttes de sueur perlaient sur son front et sous son nez. Elle faisait un malaise. Il demanda au client de surveiller le bar et prit la jeune femme dans ses bras pour la porter dans son appartement. Elle tenta bien de dire qu'elle allait bien, qu'elle avait juste besoin d'un peu d'air, mais il n'y prêta pas attention.
Il l'allongea sur son lit et ouvrit les trois boutons du haut de son chemisier, dégageant sa poitrine pour qu'elle puisse respirer. Enfin dans un lieu moins confiné elle récupérait doucement et remarqua avec quelle attention l'homme prenait soin de ne pas toucher sa peau. Il lui apporta un verre d'eau qu'il la força à boire et dit : « Bon, je dois retourner en bas, repose-toi. Dors. Tu es la bienvenue ici. Je suis désolé par contre j'ai pas eu le temps de changer les draps.
- C'est pas grave, ton odeur me donne l'impression d'être moins seule. » Il parut un peu mal à l'aise et finit par se lever. « Bon, Wolf a fait faire un double de mes clefs pour toi, elles sont sur le bar dans le salon, comme ça, tu pourras aller et venir comme tu veux. » Elle le remercia et s'endormit comme une masse.
Son sommeil fut comme toujours peuplé de cauchemars et peu réparateur ; aussi, quand elle se réveilla le lendemain, elle se sentait tout aussi fatiguée. Elle resta allongée longtemps, contemplant le haut plafond piqueté de traces d'humidité. Elle n'avait pas envie de se lever. Pour quoi faire de toute façon ? Travailler? À quoi bon, elle ne trouverait jamais le malade qui avait commis ces crimes. Voir ses amis ? Ils travaillaient la journée et avaient d'autres chats à fouetter que lui remonter le moral. Et puis de quoi se plaignait-elle ? Elle avait toujours un toit, elle avait de l'argent... Certes, elle logeait chez un parfait inconnu qui se contentait d'obéir aux ordres du parrain local, mais c'était toujours un logement. En plus elle n'avait rien à faire pour les repas, Nick était un très bon cuistot. Avec la demi-paye qu'elle avait reçue elle aurait pu s'acheter un petit studio sympa et y vivre confortablement dans une multitude de meubles en kit. Mais elle se moquait bien de tout ça.
Son corps la faisait toujours souffrir mais elle s'en moquait totalement. Elle s'en rendait à peine compte tant son esprit était embué, comme perdu au milieu d'un brouillard épais. Elle se sentait perdue. Elle n'avait plus de repères. Elle était seule. Seule et humiliée. Elle avait tellement honte de ce que lui avait fait Bastien. Elle, qui d'habitude ne se laissait pas faire, qui avait même eu parfois des pulsions violentes, elle n'avait même pas cherché à se défendre. Comme cette fois-là. Comme quand elle avait seize ans et que ce type l'avait violée. Un ami en lequel elle avait confiance. Elle se souvenait de ce jour comme si c'était arrivé le jour même. Il était plus âgé, elle aurait dû se méfier, mais rien chez lui n'indiquait qu'il serait capable de ça. Elle avait des rêves plein la tête, des ambitions, un projet de carrière, elle voulait devenir artiste, elle voulait vivre de sa passion et à cette époque, elle savait qu'elle en était capable. Jusqu'à ce qu'il arrive. Il avait brisé sa vie. Elle avait peu à peu, après ça, coupé le contact avec le monde. Elle avait arrêté ses études, elle avait arrêté de voir ses amis. Elle avait arrêté de sortir. En soirées d'abord, puis en sorties shopping aussi, puis même pour aller chercher son courrier. Elle ne vivait plus que dans la peur et il lui avait fallu des années pour retrouver à peu près l'envie d'avancer. Bastien avait été son sauveur à cette époque mais les choses avaient dégénéré. Il n'avait jamais su prendre la mesure du mal dont elle souffrait. Même après ses mutilations, même après sa tentative de suicide. Elle croyait pourtant avoir surpassé tout ça, mais là, de se retrouver de nouveau dépossédée du contrôle d'elle-même, de se retrouver de nouveau réduite à l'état d'objet servant à assouvir une pulsion... Pourquoi tenter de faire quoi que ce soit vu que quels que soient les efforts que l'on faisait, on n'en était jamais récompensé ?
Quand Nick frappa à la porte pour voir si elle allait bien, si elle voulait manger, elle ne pleurait plus. Il resta un instant à la regarder, sans bouger ni parler puis il s'approcha d'elle, s'assit au bord du lit et lui prit la main. « Tu n'es plus seule maintenant. Nous sommes là. Wolf... Loup est là. » Elle ne répondit pas, haussant à peine les épaules. Elle entendit Nick renifler puis il ajouta : « Je ne sais pas quoi te dire, c'est la première fois que je sens autant de tristesse chez quelqu'un. Je... Enfin... » Il renifla de nouveau : « Tu n'as pas à avoir honte de ce que ce connard t'a fait. Il mériterait de crever comme un porc. » De nouveau elle ne répondit pas. Nick se releva pour la laisser mais elle se redressa : « Qu'est-ce que Loup doit me dire ? » L'homme se figea et lui fit face. « Je ne peux pas t'en parler, c'est à lui de le décider ou non.
- C'est quelque chose de grave ?
- Je ne peux rien te dire. » Il referma la porte, laissant la jeune femme seule.
Elle resta environ trois jours dans cet état de dépression. Elle se levait pour se doucher, laissant l'eau brûlante couler sur sa peau jusqu'à ce que la douleur soit si terrible qu'elle ne pouvait se retenir de hurler. Nick arrivait alors en courant pour arrêter le massacre et lui faire couler de l'eau froide dessus. La deuxième fois qu'elle fit ça, il décida de rester avec elle quand elle se douchait. Elle aurait dû être mal à l'aise mais il y avait un moment qu'elle savait que son corps n'était qu'un repoussant morceau de viande et elle se foutait pas mal de le montrer nu. Elle n'était gênée que quand elle voulait plaire car elle savait que l'autre serait déçu mais ça faisait une éternité que ça ne lui était pas arrivé. Des deux, c'était plutôt le barman le plus gêné. Il ne la regardait jamais, gardait toujours le dos tourné et sortait dès qu'elle quittait la cabine de douche. Elle venait manger avec lui mais il devait souvent la forcer à avaler ce qu'il préparait. La nourriture n'avait plus de goût pour elle, plus d'intérêt.
Un matin pourtant, elle se réveilla de meilleure humeur. Elle ne savait pas pourquoi mais elle se sentait moins mal que d'habitude, impatiente de quelque chose sans savoir quoi. Pourtant elle connaissait aussi cet état. Elle savait que s'il ne se passait rien d'intéressant dans la journée, elle serait déçue et encore plus mal après. Quand Nick la vit arriver dans le salon, douchée, habillée et même légèrement maquillée, il dû se frotter les yeux plusieurs fois avant de s'exclamer : « Oh ! Tu reviens parmi nous ?
- Oui. T'as une prise où je pourrai brancher mon chargeur de portable ? Je dois avoir deux milles messages d'insultes de ma belle-mère ! » Il lui indiqua une prise libre et tenta de débarrasser le canapé. Il était neuf heures du matin et il n'était pas couché depuis longtemps. « Tu peux rester couché, tu sais.
- Non non, t'inquiète, on dort bien trop dans une vie, c'est surfait.
- Oui t'as raison, vaut mieux faire le service complètement éclaté.
- Je ferai une sieste. » Il se leva, s'étira et alla ouvrir la fenêtre, faisant entrer une bouffée d'air frais. Jeanne prépara du thé et du café et mata discrètement le barman qui avait l'agréable habitude de dormir torse nu. Il n'était pas désagréable à regarder si on aimait le style muscles fins. Jeanne préférait les hommes aux larges épaules, les hommes rassurants par leur simple carrure mais il fallait bien reconnaître que Nick aurait fait un parfait modèle pour calendrier!
Ils commencèrent à petit-déjeuner en discutant quand la sonnerie de téléphone de Jeanne la fit sursauter. « Ah bah voilà, mon répondeur qui m'engueule. J'irai voir plus tard...
- Si ça se trouve, c'est ton boss ?
- Je l'avais complètement oublié, dis donc ! Y a eu de nouveaux meurtres depuis les deux derniers ?
- Aucun. Ou alors la presse n'en n'a pas parlé.
- Bon, c'est déjà pas mal. Il est peut-être parti ?
- Qui, il ?
- Bah, le psychopathe ! » Il eut l'air soulagé un instant. Jeanne reprit : « En parlant de parti... tu crois que Loup va revenir ? » Il regarda la jeune femme et sourit. Un sourire empli de malice, comme s'il savait quelque chose de très drôle et ne voulait pas le partager. «Je me suis souvent posé cette question, mais là, je suis certain qu'il va revenir ! Sûr et certain ! Et rapidement en plus. » Le téléphone de la jeune femme sonna de nouveau. « Tu devrais écouter tes messages.
- Oh non... j'ai trop peur. Tu veux pas les écouter pour moi et faire comme si les méchants n'existaient pas ? » Il prit le téléphone de la demoiselle et écouta le répondeur. Son visage ne reflétait aucune émotion particulière ce qui angoissait Jeanne encore plus.
Quand il eut raccroché il se contenta de dire : « Bon bah pas de nouvelles de ta belle-deuche. Ton patron qui demande où en est ton enquête et un certain Boris qui dit avoir des nouvelles pour une lettre et voudrait te voir.
- Ah, bah super ça ! J'appellerai le boss après l'avoir vu, du coup ! » Elle se leva et se dirigea vers son sac à main pour partir mais Nick la rattrapa. Il avait soudain l'air grave : « Il ne faut pas que tu continues cette enquête. C'est trop dangereux. » Et voilà, ça recommençait. Jeanne se mit tout de suite en colère. « Mais putain vous avez quoi, tous, avec ça ? Vous savez un truc que j'ignore ? Vous croyez que je suis une grosse nase ? Les deux ? » Nick secoua la tête. « Mais non, c'est rien de ça. Mais c'est dangereux ! Des gens se sont fait étriper ! S'il t'arrivait malheur, Wolf... Enfin peu importe, enquêter sur les malades mentaux en liberté, c'est mauvais pour la santé. » Elle montra son visage tuméfié et lança : « Pas besoin de ça pour avoir des soucis... » Elle partit donc en appelant Boris pour le voir.
Ils se retrouvèrent face au commissariat où il travaillait. Quand il la vit, son visage se décomposa : « Merde, Jeanne qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Oh, rien, Bastien m'a foutue dehors, je te l'ai dit au téléphone.
- C'est lui qui t'a fait ça ? Viens, on va déposer une plainte !
- Non, non, c'est pas la peine, il en vaut pas le coup.
- Non mais merde, t'as vu ton état ?
- Ça va beaucoup mieux.
- Fais-le au moins pour les prochaines ! » Et voilà, on recommençait à se moquer d'elle. « Mon petit Boris, je me fous pas mal des prochaines ! Je me fous déjà de ma vie, alors je vais pas me préoccuper de celle des autres ! Bon, tu as des nouvelles pour moi ? » Il lui apprit donc qu'ils avaient pu trouver une empreinte, celle d'un certain Gabriel Moniet, déjà arrêté pour avoir agressé un homme mais rien de spécial sur lui. Il lui donna son adresse et lui demanda de faire attention à elle. Pourtant il ne lui demanda pas où elle logeait ou si elle avait besoin d'aide pour déménager ses affaires.
Elle repassa rapidement chez Nick pour enfiler une tenue plus sérieuse que sa tenue de hippie qu'elle avait revêtue le matin et, quand elle lui dit où elle allait, elle le vit se crisper. « Tu ne devrais pas y aller. » Elle soupira : « Quoi encore ? T'as peur qu'un tueur vive chez lui ?
- Non mais... Ce type est spécial.
- Tu le connais?
- Oui, il a agressé Jean y a quelques années, il a bien failli l'abîmer !
- Ah, c'est ça l'agression sur son casier ?
- Oui, je suppose.
- Enfin bon, j'ai besoin de savoir pourquoi il m'a envoyé sa lettre anonyme. » Nick soupira. « Écoute, vas-y mais je t'en supplie, ne lui parle pas de nous. Tu ne nous connais pas. Et évite d'en parler à Wolf quand il rentrera. Il... ne l'apprécie pas. » Jeanne sentait que l'inquiétude de l'homme était réelle, mais il semblait savoir des choses sur l'affaire sur laquelle elle travaillait et elle devait le voir.
Après une heure de bus, elle arriva enfin à l'adresse de ce Gabriel Moniet. C'était un immeuble ancien et décrépit. L'interphone à l'entrée avait été arraché et la porte était couverte de graffitis. Elle la poussa et examina toutes les portes. Au premier étage, elle vit une vieille étiquette jaunie avec les initiales G.M. Elle frappa et attendit quelques minutes avant d'entendre bouger. Elle sourit face au judas et la porte s'ouvrit. Derrière, un homme d'une soixantaine d'années, aux longs cheveux blancs et aux yeux noirs, ressemblant énormément à Anthony Hopkins dans Le Silence des Agneaux, lui fit signe d'entrer. Un fusil était posé à coté de la porte. « Entrez donc, Mademoiselle Jeanne. » Elle détestait quand les gens savaient des choses sur elle alors qu'elle ne savait rien d'eux.
Il la fit entrer dans un salon minuscule et bien tenu, jurant avec l'état miteux de l'immeuble. Il n'y avait qu'un lit en guise de canapé, une table basse couverte de livres, une vieille télévision et un bureau. L'homme s'assit sur un fauteuil qui semblait en fin de vie et fit signe à Jeanne de prendre place sur le lit. Il alluma une pipe et dit : « Je ne pensais pas que vous me trouveriez, j'en suis un peu gêné.
- Vous avez laissé une empreinte sur votre lettre anonyme.
- Oh, ma lettre. Elle ne vous a pas fait peur au moins ?
- Peur ? Non, elle m'a agacée. De quoi vous vous mêlez ? De qui je dois me méfier ? Pourquoi j'arrêterais un travail aussi bien payé ? » Il gratta une barbe de deux jours et finit par dire : « J'enquête, moi aussi, là-dessus. Et je vous ai vue un soir rentrer chez vous avec un grand brun. Cet homme, si je peux l'appeler comme ça, est dangereux, comme tous ses amis ! » La jeune femme haussa les épaules. Elle s'en était bien rendue compte et allait demander pourquoi, quand elle se souvint de la demande de Nick. « Je me fous pas mal qu'il soit dangereux ! Il m'a ramenée chez moi, point barre, je ne l'ai pas revu depuis. » Le vieil homme la dévisageait, cherchant à savoir si elle mentait ou non, mais Jeanne avait du talent pour ça et il ne se rendit compte de rien. « Je vous crois, vous semblez être une jeune fille honnête.
- Naturellement. Et pourquoi cette affaire serait dangereuse ? Enfin je veux dire, si vous travaillez seul dessus, pourquoi pas moi ?
- Parce que moi, je sais à quoi j'ai affaire. Vous, vous n'êtes pas armée contre ça.
- Contre quoi ? Les ours ? » Il éclata de rire, un rire un peu fou. « Les ours ? Allons, jeune fille, je ne suis pas fou, je ne vois pas ce qu'un ours viendrait faire dans cette forêt ! Je parle des loups-garous, bien sûr ! » Cette fois c'est Jeanne qui éclata de rire. Il la fusilla du regard : « Ne me dites pas que vous n'y croyez pas! Que vous n'en n'avez jamais vu! Vu votre état, vous en avez sûrement croisé un ! » Elle n'avait pas envie de raconter sa vie à ce vieux fou. Elle se leva donc et quitta l'appartement. « Je vous préviens, monsieur Moniet, si vous tentez encore d'entrer en contact avec moi, je porte plainte pour agression et harcèlement ! » Il ne répondit rien, ou alors elle ne l'entendit pas.
Dans le bus elle ne put s'empêcher de rire toute seule en repensant à cet homme. Comment se faisait-il qu'il ne soit pas encore interné ? Question, d'ailleurs, que les gens autour d'elle pouvaient se poser à son propos à cause de son rire sans raison apparente, mais elle s'en moquait. Elle avait au moins retrouvé un semblant de sourire et l'envie d'aller à la boxe. Elle espérait avoir le temps de récupérer ses affaires chez Nick avant d'y aller. Elle appela tout de même Nadia pour prévenir qu'elle serait peut-être un peu en retard.
Quand elle ouvrit la porte du bar, elle fut agréablement surprise en voyant que la table du fond était occupée par Loup et ses amis. Il semblait reposé, serein et riait à une plaisanterie de Marcus. Quand il la vit entrer, il se leva et la prit dans ses bras. Cette fois, elle ne se débattit pas. Il la relâcha bien vite et lui libéra une place à la table, à sa gauche. «Non, non, je peux pas, j'ai pas le temps, je vais à la boxe, si je traîne je vais être à la bourre. » Loup fit une légère moue mais Sarah ne put s'empêcher de sourire. La jeune femme monta prendre ses affaires de sport. Ses gants devaient être dans un carton chez Loup, tant pis, elle s'en ferait prêter. Quand elle redescendit, elle dit à Nick : « Au fait, tu vois, j'ai pas "mouru" avec le vieux fou ! » Loup s'approcha du comptoir, elle avait oublié qu'il était si grand. « Quel vieux fou ?
- Un type qui m'avait envoyé une lettre anonyme pour que j'arrête de
bosser, Gabriel Moniet. » À son nom, Loup se crispa et ses traits se durcirent. Il fusilla Nick du regard mais Jeanne ne le remarqua pas. Elle se dirigea vers la sortie en disant :
« Non sans rire, ce type est cinglé ! Il a peur que je me fasse croquer par un loup-garou ! Allez, à plus ! Je vais me fighter ! » Quand elle ferma la porte, Nick
dit à Loup : « Il faut que tu lui parles. »