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TOURNOI DES NOUVELLISTES

grimoire
Illustration de Pascal Moguérou

 

TOURNOI N°2

16 nouvelles de 16 auteurs différents. 

15 duels de deux nouvelles chacun vont avoir lieu : 8 huitièmes de finale, 4 quarts de finale, 2 demi-finales et une finale, 15 duels de deux nouvelles en tout. La composition des matchs a été tirée au sort. Vous pouvez voir le planning des quarts de finale ci-dessous, cliquez sur l'icône pdf pour le visualiser.


pdf2

Chaque semaine (chaque samedi), sur le blog Nouveau Monde, un duel entre deux nouvelles sera présenté et le public pourra voter durant la semaine entière
pour l'une ou l'autre d'entre elles (un seul vote par adresse IP autorisé). Le texte ayant reçu le plus de voix sera déclaré vainqueur du duel et qualifié pour le tour suivant. N'hésitez surtout pas à laisser des commentaires lors de chaque duel, à donner votre avis sur les nouvelles.


 
La nouvelle gagnante sera publiée sur les blogs Nouveau Monde, Ascadys et YmaginèreS.

 

Cette semaine,

 

QUART DE FINALE n°3



EndlessWar

de
Meije

face à

L'Etranger
 
d'Antoine Chalet


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Le numéro 3,

Les Légendes de l'Histoire,

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Samedi 28 avril 2012 6 28 /04 /Avr /2012 17:33

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Solenne Pourbaix

ÊTRE HUMAIN

Tome 1 : Loup

 

 

Chapitre 11

 

 

 

 

                  Ses deux heures de boxe avaient fait du bien à Jeanne. Elle se sentait détendue, il faut dire qu'elle avait fait subir au sac de sable un sort peu enviable. Nadia s'était bien sûr inquiétée de son état mais son amie avait réussi à la rassurer. En sortant, la petite brune demanda : « Au fait, ce soir la sœur d'Émilie mange avec des amis à elle, tu veux passer à l'appart ? On se fera un plateau télé avec un film de monstres. » Elle sourit, prête à accepter, quand elle aperçut, sur le trottoir d'en face, Loup, appuyé contre sa moto. Elle fit une petite moue désolée et répondit : « Bon, bah en fait non, pas ce soir du coup. » Nadia regarda partout et vit elle aussi l'homme qui attendait. Elle sourit : « Tu t'en es trouvé un autre, du coup ! Cachottière !

            - Mais non, je cachotte rien du tout... » Loup s'avançait vers elles, ses traits étaient durs et il semblait nerveux. Jeanne fit la bise à son amie et lança : « Arrête de te faire des films ! À plus ! » Et elle rejoignit Loup. « J'aurais pu rentrer toute seule, vous savez.

            - Non. On va quelque part.

            - Super ! Où ça ? » Il ne répondit pas, attendant qu'elle monte derrière lui.

            Ils quittèrent la ville, roulant à une allure folle. Jeanne, qui n'aimait pas vraiment la vitesse, surtout sans casque, aurait été terrifiée en temps normal, mais là, les bras passés autour de la taille de Loup, protégée  du vent par sa carrure, elle se sentait bien. Elle avait même appuyé sa joue contre son dos, sans vraiment réaliser ce qu'elle faisait. Il portait une de ces chemises de bûcheron, à carreaux, épaisse et douce, et la jeune femme avait l'impression de rêver, elle aurait presque pu s'endormir mais le vent lui glaçait les bras et les mains. Réalisant qu'elle avait plus de mal à se tenir, Loup lui passa les bras sous sa chemise. Jeanne se raidit et rougit mais heureusement, il portait un marcel, elle ne touchait sa peau directement. Curieusement, cette idée lui avait paru comme une sorte de blasphème, de sacrilège...

            Près de deux heures plus tard, Loup ralentit et tourna dans un étroit chemin de forêt. Une vraie forêt, pas celle qui bordait la ville. Une forêt aux arbres immenses et resserrés, pas tous alignés en rangs d'oignons. Une forêt où même en plein jour il devait régner une certaine obscurité à cause des branches qui cachaient la lumière. Ils avancèrent sur le chemin quelques minutes puis Loup s'arrêta et coupa le moteur. Il était temps de se décoller, tant pis. Ce fut donc en mettant pied à terre que Jeanne réalisa qu'il faisait froid et humide. Elle frissonna et serra ses bras sur sa poitrine. « On est où ? Qu'est-ce qu'on fait là ? » Si elle était un peu inquiète, elle n'en montrait rien. Pourtant Loup lui dit : « Détends-toi. Tu ne risques rien, normalement. » Ça ne répondait pas à sa question et à vrai dire, seule avec un quasi-inconnu violent, dans une forêt à des centaines de kilomètres de chez elle, la nuit, elle n'avait pas vraiment de quoi être rassurée. « Allez, on y va. » Elle voulut redemander où, mais Loup lui avait saisi la main et s'enfonçait entre les arbres. Il marchait vite et avec une aisance incroyable... Sans lampe torche pour s'éclairer. Jeanne passait son temps à trébucher mais il ne ralentissait pas l'allure.

            Elle ne savait pas depuis combien de temps ils marchaient mais elle commençait à fatiguer.  Les bois étaient devenus épais, elle était couverte de toiles d'araignée et de griffures dues aux branches et aux ronces. Elle fini pourtant par voir de la lumière devant eux. Loup accéléra, resserrant sa poigne sur la main de la jeune fille. Ils finirent par arriver sur une toute petite clairière éclairée par des torches disposées en cercle. L'herbe semblait piétinée comme si l'endroit était fréquemment visité et, en face d'eux, Marcus semblait attendre. Il sourit et s'avança vers Jeanne. « Bonsoir ma belle, je suis ravi de te voir ici. » Il lui fit un baisemain et Loup le fusilla du regard. Jeanne commençait à se demander ce qui allait se passer, elle sentit la peur monter peu à peu en elle. Avait-elle encore été trop crédule ? Était-ce un guet-apens ? Ils allaient lui faire du mal, c'était certain, sinon pourquoi l'emmener ici ? Aussi loin ? Aussi seuls ? Ils eurent l'air de le sentir car Loup s'éloigna d'elle, rejoignant le centre du cercle, et Marcus écarta les bras en disant : « On n'est pas là pour te faire du mal ma belle.

            - Mais pourquoi ? Qu'est-ce qu'il se passe ? Je... je ne suis pas tranquille. » Loup se rapprocha d'elle et lui reprit la main. D'une voix très basse, à peine perceptible, il dit : « Il y a quelque chose que tu dois savoir sur moi... sur nous. » Il la rapprocha de Marcus et mit la main de la jeune fille dans celle du grand noir. Marcus la serra et ramena Jeanne contre lui, passant ses bras autour d'elle, restant dans son dos. Loup continua sur ce même ton, retournant au centre : « Quoi qu'il se passe, fais confiance à Marcus. Il pourra te protéger. Quoi qu'il te dise, obéis-lui. » Jeanne était terrifiée, elle chercha à se défaire de l'étreinte de Marcus mais il la tenait avec une poigne incroyable. Le dos tourné, le Danois commença à retirer ses vêtements en continuant à parler : « Toutes tes affaires et ton chat sont dans le fourgon qui est garé à la sortie du bois. Marcus pourra ensuite t'emmener où tu le souhaites, aussi loin que tu veux de nous. » Elle voulut demander pourquoi mais les mots restaient coincés dans sa gorge, bloqués par la peur et hypnotisée par le corps puissant et parfait de Loup qui se dévoilait peu à peu, éclairé par la faible lueur dansante des torches.

            Quand il fut entièrement nu, Jeanne sentit les bras de Marcus se resserrer sur elle. Il lui murmura : « Ne t'inquiètes pas, je te protège. » Ce qui, bien sûr, inquiéta un peu plus la jeune femme. De quoi devait-elle avoir peur ? Elle comprit cependant très vite. Brutalement, l'air sembla se charger en tension et le silence se fit dans la forêt. Quand elle vit la peau de Loup bouger, elle crut tout d'abord à une illusion provoquée par les torches mais très vite elle ne pu plus nier ce qu'il se passait sous ses yeux. Le corps de l'homme grandissait, son dos se voûtait, ses jambes s'allongeaient et s'arquaient, ses bras devenaient plus forts, ses ongles poussaient et un pelage gris et noir apparaissait sur tout son corps. Non. Non ! C'était impossible ! C'était une plaisanterie, un trucage, une sorte de bizutage! Un grondement sourd se fit entendre et, quand Loup sembla ne plus bouger, il poussa un grognement féroce qui fit frémir Jeanne. Marcus s'était légèrement tassé sur lui même mais il lui murmura : « Ne t'inquiète pas, ça va, il semble réussir à se contrôler. » La créature se tourna vers eux et Jeanne découvrit une tête de loup immense, aux crocs acérés qui la fixaient. Qui la fixaient de ses yeux bleus.

            La jeune femme resta quelques secondes sans bouger, ce n'était pas un trucage, c'était impossible. Elle réussi, sans savoir comment, à se libérer de l'étreinte de Marcus et avança vers Loup, vers le loup. Il ne bougeait pas mais la tension qui régnait dans la clairière était clairement palpable. Quand elle fut proche de lui, elle réalisa qu'il était vraiment immense, il la dominait d'au moins un mètre mais elle n'aurait su dire pourquoi, elle n'avait plus peur. Elle avait conscience du danger et de l'irréalité de ce qu'elle vivait mais justement, elle vivait, elle ressentait des choses, et ça, ça ne lui était pas arrivé depuis si longtemps que ça ne pouvait que la réjouir. Elle tendit une main et toucha le ventre de la bête, seule partie décente accessible à sa main sans effort. Loup sembla frémir, reculer légèrement. Derrière elle, elle entendit Marcus bouger. Elle caressa le pelage de la créature, surprise par sa douceur. Elle caressa son bras, sa main, détaillant ses griffes immenses qui faisaient la taille de sa propre main. Puis elle se retourna vers Marcus et demanda d'une voix posée : « Toi aussi ? » Il acquiesça. « Vous l'êtes tous ? » Il acquiesça de nouveau. « Bon... d'accord... » Elle ne dit rien de plus et s'éloigna de nouveau de Loup pour le regarder en entier. La créature fit quelques pas vers l'opposé du cercle et, de nouveau le dos tourné, Jeanne le vit rapetisser, reprendre forme humaine, lentement.

           La tension disparut de l'endroit, les oiseaux se remirent à ululer, et Jeanne, réalisant ce qu'il venait de se passer, s'assit par terre, son cœur se mettant soudain à battre la chamade et ses tempes se couvrant de sueur. Marcus lui passa une main réconfortante dans le dos et s'assit lui aussi. Quand il fut de nouveau vêtu, Loup vint se joindre à eux mais resta malgré tout légèrement éloigné, détaillant la jeune femme, l'analysant, cherchant à comprendre ce qui avait pu se passer chez elle, pourquoi elle n'avait pas paniqué. Après quelques instants il demanda : « Ça va ?

            - Hein ? Oui ! Oui ! Bien sûr ! Bien sûr... Euh... Mais... Comment... » Marcus lui prit la main et, de sa voix chaude, lui dit : « Je vais te raconter ce que nous sommes. » Elle leva les yeux vers lui et écouta son histoire. « Nous existons depuis toujours et personne ne se souvient de comment nous sommes arrivés parmi les hommes. Nous devenons ainsi par la morsure d'un autre mais... ça ne marche pas toujours, parfois la personne meurt ou ne se transforme jamais. Rares sont les lycans qui peuvent en engendrer d'autres. Quand nous sommes jeunes, nous sommes faibles face à la chair et très influençables par la lune. Dans les meutes comme la nôtre, où on compte quelques anciens, ce sont eux qui s'occupent des jeunes pour les contrôler et leur apprendre à résister. Avec le temps, nous gagnons en force et la lune a moins d'effet sur nous. Loup est le plus vieux d'entre nous. Ensuite il y a moi, contaminé il y a... oh, je ne sais pas, peut-être cent ans ? Puis Sarah. Les autres sont des jeunes. Ils ne peuvent pas transformer quelqu'un, la plupart du temps, quand ils mordent, ils se déchaînent et dévorent leur proie. Les meurtres sur lesquels tu enquêtes sont dus à une meute de jeunes. De ce que l'on sait, ils n'ont réussi à avoir sans tuer qu'une seule de leurs proies. Nous les traquons depuis leur arrivée mais ils sont bien organisés. C'est pour ça que nous voulions que tu restes à l'écart de ces meurtres, et que Gabriel aussi le souhaitait. Lui, c'est un chasseur. Il nous traque, il est convaincu que des Lupins vivent en ville, et il a raison, nous sommes même plutôt nombreux. Il est réellement dangereux. S'il venait à nous découvrir, nous serions sacrément dans la merde. Peu de choses peuvent nous faire mal, l'argent et compagnie, c'est de la connerie. Si ça a été efficace à une époque, nous avons su nous en immuniser avec le temps... » La voix de Loup, toujours très basse, dit : « J'ai connu l'époque où nous le craignions, la douleur était terrible, ils s'en servaient pour nous torturer... » Jeanne le regarda. Assis en tailleur, les yeux dans le vague, il semblait soudain pris d'un blues immense. Elle aurait aimé faire quelque chose mais Marcus reprit : « Il existe des moyens de nous tuer, même si, avec l'âge, ça devient plus compliqué, et Gabriel en connaît beaucoup, c'est un enragé de la chasse. » Un léger silence s'installa et Jeanne se leva pour s'éloigner un peu, le dos tourné. Elle avait besoin de réfléchir, de comprendre, mais son cerveau tournait si vite qu'elle avait du mal à avoir une seule pensée cohérente. Des images apparaissaient dans sa tête par dizaines, lui faisant penser à des mots qui lui faisaient penser à d'autres choses et très vite elle sentit une légère migraine l'envahir. Elle secoua la tête, elle devait agir et non plus réfléchir.

            Marcus et Loup s'étaient levés eux aussi, surveillant ce qu'elle faisait. Quand elle revint vers eux, elle dit à Marcus : « Bon allez, on y va. » Il sembla soudain surpris et même triste. Loup fit demi-tour et avança dans la forêt. Il avait compris. D'une voix morne, le noir demanda : « OK, ma belle, on va où ?

            - Chez lui ! » Elle fit ensuite demi-tour pour rattraper Loup, manquant de se faire vraiment mal en se prenant les pieds dans une racine : « Loup ! Attendez ! Je ne veux pas rentrer à pied ! Ni en camion ! » Il se retourna. Ils n'étaient pas loin des torches et elle vit ses yeux briller dans le noir. Comme ceux des animaux. Comme la nuit où elle l'avait rencontré. « Tu... Quoi ? » Elle le rattrapa et dit : « Bah, à moins que je n'aie plus le droit de venir... Mais sinon, je préférerais rentrer à moto... » Il sourit, lui prit la main et la guida dans le noir jusqu'au chemin où la moto les attendait.

            Quand ils arrivèrent en ville, Loup entra dans un parking au rez-de-chaussée d'un gros entrepôt. Il emmena Jeanne au pied d'un escalier et dit : « Bon, je ne pensais pas que tu voudrais revenir, donc rien n'est prêt pour toi et les autres croient que tu es partie pour de bon. Donc ce serait mieux que tu dormes dans mon appartement plutôt que... enfin tu verras, ne fais pas de bruit. » Un peu anxieuse, la jeune femme monta les marches à la suite de son hôte. Ils débouchèrent dans une pièce immense où, ça et là, des lits étaient disposés où dormaient les autres membres de la meute. Au fond de la salle, un escalier métallique en colimaçon menait à un demi étage, comme une mezzanine mais fermée. Loup la fit passer devant lui pour monter et il l'invita ensuite à entrer dans un appartement très confortable. Ils arrivaient directement dans un salon encombré de livres. Les murs étaient couverts de bibliothèques pleines à craquer. Par endroit on trouvait un bibelot qui pouvait aller de la jolie statuette au morceau de bois flotté. Dans une pièce séparée par des paravents, il y avait un large lit avec une couette moelleuse et encore des livres. À côté, une petite salle de bain. Pas de cuisine. Les repas devaient se prendre en commun... si tant est qu'un loup-garou mange comme un humain. « Tu prendras mon lit, je vais garder le canapé. » Jeanne ne répondit pas et avança vers ce lit qui, à cette heure plus que tardive, lui tendait les bras. Elle s'assit sur le rebord et retira ses bottes. Elle regarda quelques instants le mur face à elle puis elle dit, d'une voix peu assurée. « Je préférerais ne pas dormir seule... » Loup fit demi-tour et la regarda. Son visage était impassible mais ses yeux l'analysaient. Elle n'osa pas le regarder, elle n'osa pas bouger. Il répondit : « Je crois que ce ne serait pas une bonne idée. » Elle se leva et revint dans le petit salon. « Dans ce cas, c'est moi qui prends le canapé, le mâle alpha se doit d'avoir la meilleure place. » Il sourit et, après avoir insisté pour rien, alla s'allonger dans sa chambre.

            Jeanne, curieusement, n'arrivait pas à s'endormir. Elle était épuisée mais le sommeil ne venait pas. Ses pensées tournaient à toute allure, partant en tous sens comme toujours et l'empêchant de fermer l'œil. Elle se sentait de plus en plus mal à l'aise seule dans ce lieu inconnu au milieu d'une horde de prédateurs. N'y tenant plus, elle se leva et gratta au paravent : « Vous dormez ?

            - Non. » Sans demander la permission, la jeune femme se glissa sous la couette aux côtés de Loup et se serra contre lui. Il ne bougea pas mais elle le sentit se tendre légèrement. « Tu ne devrais pas faire ça.

            - Non... c'est ça que je ne devrais pas faire. » Elle passa son bras sur lui et caressa doucement son torse. Il se contracta un peu plus et se redressa légèrement, comme aux aguets. « Je suis sérieux Jeanne, j'ai quelques problèmes de contrôle quand tu es là.

            - Je n'ai pas peur. » Se redressant sur un coude, elle embrassa son épaule et remonta vers sa gorge. Loup frémit et ferma les yeux, il tentait de contrôler sa respiration, de se calmer, mais quand la jeune femme lui embrassa les lèvres il ne tint plus. Il l'emprisonna dans ses bras et roula pour être sur elle.

            Lui baisant le cou, il arracha son t-shirt d'une main et se colla contre elle. Sa peau était brûlante. La jeune femme, la tête rejetée en arrière soupirait, passant les mains dans son dos pour le garder contre elle. D'un autre mouvement brutal, il arracha le short qui lui servait de pyjama. Elle ne s'était même pas rendue compte que lui aussi était nu. Il força un passage entre ses cuisses de son genou et la jeune femme lui enserra les hanches avec ses jambes. Il la pénétra tout de suite et Jeanne gémit de plaisir. Ils firent l'amour brutalement, c'était lui qui contrôlait. Il était le mâle alpha, et Jeanne aimait être au mâle alpha. Elle ne réalisa pas que ses yeux étaient devenus jaunes et que ce n'étaient pas ses ongles dans ses épaules mais ses griffes. Quand elle s'endormit contre lui, Loup attendit quelques instants avant de se lever et d'aller dans la pièce à coté. Il n'avait pas réussi à se contrôler entièrement, il avait failli perdre pied, il avait failli lui faire du mal, ça ne devait plus se reproduire, il ne devait plus la souiller.

 

 

 

 

Chapitre 12

 

 

            À son réveil, Jeanne se tourna pour enlacer Loup mais elle trouva le lit vide. Elle qui avait d'habitude du mal à sortir du sommeil fut tout de suite levée. Elle passa rapidement une culotte non déchirée et un t-shirt et quitta la chambre. Il n'était pas non plus dans son salon. Elle paniqua légèrement. Elle lui avait, certes, quelque peu forcé la main la veille en s'incrustant dans son lit mais elle n'avait pas eu l'impression qu'il l'avait si mal pris que ça. En bas, elle entendait parler mais n'entendait pas Loup. Elle alla s'asseoir sur le canapé, inquiète, dépitée, n'osant pas descendre seule au milieu de cette meute de lycans. Elle ne cessait de se demander ce qu'elle avait fait de mal, à quel moment elle avait fait une erreur, mais elle n'arrivait pas à comprendre. Elle commençait à se sentir de plus en plus mal à l'aise, n'osant même plus se lever du canapé.

            Elle resta ainsi presque une heure quand Loup ouvrit la porte. Il lui sourit mais il avait l'air ennuyé, tracassé. Elle n'osa pas le regarder plus et il dit doucement : « Tu aurais pu descendre.

            - Je n'ai pas osé. » Il posa par terre un de ses gros sac de voyage contenant ses vêtements et lui rajouta : « Tu devrais... prendre une douche avant de nous rejoindre. » Puis il referma la porte et retourna avec les autres. Jeanne frissonna. Prendre une douche ? Pourquoi ? L'odeur de l'humain risquait de les déranger ? Elle obéit néanmoins puis passa un vieux jean déchiré, un t-shirt au logo d'un groupe grunge et, prenant une grande inspiration, elle ouvrit la porte et descendit.

            Quand elle arriva en bas, dans le salon/cuisine/dortoir, toute la meute était attroupée autour de la table basse à discuter de manière animée. Amya, la punkette, riait aux éclats en mettant de grandes tapes dans le dos de Jean qui semblait contrarié. Marcus et Loup se tenaient un peu à distance du groupe. Personne ne sembla remarquer qu'elle descendait mais soudain, alors qu'elle posait tout juste le pied par terre, le silence se fit. Asim huma l'air et se tourna vers elle, imité par tous les autres, ses yeux ocre, presque oranges la mettait mal à l'aise. Sarah se leva brutalement et, la pointant du doigt, elle demanda à Loup d'un ton agressif : « Qu'est-ce que ça fait là ça ? Depuis quand on invite le déjeuner à dormir chez nous ? » Il ne réagit d'abord pas, fixant la brune de ses yeux bleus calculateurs, son visage restant impassible. Il répondit d'une voix posée mais sa posture avait légèrement, imperceptiblement bougé : « Chez moi, en l'occurrence. Vous êtes tous chez moi ici, et dans ma tanière, j'y invite qui je veux. » Marcus se déplaçait lentement vers Jeanne, elle crut qu'il voulait se mettre en position défensive mais il cherchait en fait à masquer son odeur.

            Trop tard, Sarah leva le nez et se mit à renifler l'air en direction de la jeune femme. Elle eut alors une moue dégoûtée et un rictus de colère. En un geste, elle bondit sur Jeanne et la saisit par les cheveux, la faisant tomber brutalement. Marcus et Loup furent sur elle en instant, et une seconde plus tard, tout le monde était debout, face à face. Les sourires avaient disparu de leurs visages et la tension était palpable. Marcus prit Jeanne dans ses bras et l'emmena en retrait. La brune hurla : « Et tu vas faire quoi maintenant ? Tu vas en faire ta femelle, c'est ça ? Contre notre avis ? » Loup grondait et ses mains étaient devenues osseuses et griffues. Sarah elle-même semblait plus grande. « Il est hors de question que je fasse ça. C'est... non...

            - Alors chasse-la ! Elle n'a rien à faire chez nous ! » Jeanne comprit tout de suite que c'était la phrase de trop. Loup se transforma presque instantanément, bien plus vite que cette nuit dans la forêt. Il redevint cette créature immense et se jeta sur Sarah en hurlant : « Je suis chez MOI ! » La brune elle aussi s'était transformée, elle était bien plus petite que lui, son pelage était plus clair, mais elle était tout aussi terrifiante.

            Leurs babines étaient retroussées sur des crocs saillants et acérés et ils grognaient comme des bêtes enragées, mais rapidement, Sarah se mit à japper. Loup n'avait pas à faire d'efforts pour prendre le dessus, d'un coup d'épaule il l'avait renversée et, la plaquant au sol de ses mains griffues, il avait commencé à la mordre. Les autres s'étaient éloignés mais Amya, la plus jeune, semblait avoir du mal à se contrôler. Marcus cria alors : « Asim ! Emmène Amya ! Vite ! » Puis il se tourna vers Jeanne et saisit un fusil qui traînait contre le mur : « S'il y a un souci, quel qu'il soit, même Loup, tire sans hésiter. » » Puis il s'éloigna d'elle et se transforma. Il devait faire vite s'il voulait sauver Sarah. Loup s'acharnait sur elle avec une telle rage que les couinements qu'elle lançait résonnaient dans tout l'entrepôt.

            Marcus se jeta sur le dos de Loup. Il était plus petit mais Jeanne n'en croyait pas ses yeux. Son pelage était doré et il arborait une longue crinière brune. Ce n'était pas un loup, mais un lion ! Elle le vit planter ses griffes et ses crocs dans les épaules et la nuque du dominant qui abandonna sa proie et repoussa le lion. Ils se redressèrent et se firent face, le félin face au loup. Loup le fixa de ses yeux jaunes féroces se mit à gronder, babines retroussées, du sang gouttant de sa gueule. Marcus fit un pas en arrière et baissa l'échine. Loup se jeta sur lui, le renversa d'un coup de patte et le saisit à la gorge. Marcus ne bougea pas mais sa queue fouettait l'air de manière agitée. Loup se redressa et regarda Jeanne, pelotonnée dans son coin, serrant le fusil contre elle. Elle ne sut pas pourquoi mais elle sourit, le fixant dans les yeux. Un sourire sincère, sans peur, doux, à vrai dire, elle était fière. Fière que cet homme, ce loup, ce monstre l'ai choisie, elle, qui ne savait rien faire et ne valait rien. Et elle était fière de son combat remporté si facilement. Elle posa l'arme et s'avança vers lui mais il se détourna, reprit une apparence normale et monta dans ses appartements.

            Asim et Jean traînèrent Sarah, toujours en louve, dans une pièce à côté et Marcus, qui avait retrouvé lui aussi forme humaine se rhabillait. Jeanne voulu monter rejoindre Loup mais Marcus la rattrapa à mi-chemin. « Non, n'y va pas.

            - Mais... je ne comprends pas, que se passe-t-il là ? J'ai fait quelque chose de mal ?

            - Non, pas toi, lui.

            - Ah... il n'aurait pas dû me ramener, c'est ça ?

            - En fait, il n'aurait pas dû chercher à te revoir, ni t'aider, ni quoi que ce soit. Je ne critique pas ses choix, je sais pourquoi il a fait tout ça et je l'approuve entièrement mais... C'est un peu compliqué. Il a juste peur de te faire du mal. » Jeanne ne répondit rien. Elle se moquait bien de ce genre de détail. Et elle n'avait pas peur de la mort. Son unique peur était d'être seule. Elle s'assit sur un pouf et demanda : « Pourquoi Sarah a demandé s'il allait faire de moi sa femelle ? » Marcus rit : « Tu sens l'humaine, le gel douche et Loup. Son odeur est imprégnée dans tes cheveux. Quand je l'ai senti, j'ai voulu le camoufler mais elle l'avait senti aussi. » La jeune femme resta pensive un instant et Marcus disparut dans la pièce où Sarah et Amya avaient été emmenées.

           Elle resta ainsi, seule, de longues minutes. Puis Loup redescendit, l'air soucieux. Elle voulut s'approcher de lui, se serrer contre lui, mais n'osa pas. Elle avait peur qu'il la repousse, elle ne savait plus comment se comporter. Lui-même paraissait mal à l'aise. Heureusement pour eux, Marcus revint avec les autres. Sarah était sérieusement amochée mais elle était là, docile, soumise. Ils restèrent tous silencieux et Jeanne se sentit un peu plus mal, elle se sentait observée, coupable de quelque chose qu'elle ignorait avoir fait. Elle se sentit encore un peu plus rejetée quand Marcus commença à parler dans une langue qu'elle ne connaissait pas et qui sonnait comme une langue du Nord. Ils discutèrent tous ensemble un long moment comme ça. Enfin, après environ un quart d'heure où ils semblaient se mettre d'accord sur quelque chose, Loup annonça : « Nous allons partir quelques jours. » Elle osa de nouveau le regarder et fixa son visage fermé et froid. « Quoi ? Tous ? Comme ça ? Vous vous barrez ? » Il répondit, légèrement agressif : « Nous allons traquer la meute qui a commis les meurtres, tu veux venir avec nous, peut-être ?

            - Et pourquoi pas ?

            - Oh je ne sais pas, peut-être parce que tu ne pourras pas courir à soixante kilomètres par heure toute une journée ? Ou parce qu'un simple coup de poing peut te tuer ? Ou encore parce que tu n'es pas de la meute ?

            - Oui, merci, j'avais remarqué. Je ne pensais pas que ça vous dérangeait cette nuit !

            - Je t'avais dit de ne pas... » Si son ton à lui avait baissé, celui de la jeune femme explosa : « Eh bien je suis désolée de vous avoir violé, monsieur le dominant ! Sincèrement navrée ! Je ne voulais pas vous salir avec mes mains d'humaine ! » Elle se leva et se dirigea vers les escaliers qui descendaient au garage mais il la rattrapa. Son visage restait froid mais ses yeux flamboyaient de colère. Il posa ses mains sur ses épaules et dit : « Arrête, tu ne comprends pas.

            - Bien sûr que non, et je ne suis pas près d'y arriver vu que personne ne me parle. Je ne suis pas idiote, si on m'explique les choses, je les comprends ! » Il secoua la tête, cherchant ses mots, puis dit, plus calmement : « Écoutes, ce serait trop long. Je regrette ce qu'il s'est passé hier soir.

            - Quoi ?

            - Non attends, tu ne sais pas les risques que tu cours. Je te promets que dès notre retour, je t'expliquerai tout ce que tu veux savoir, mais pour l'heure on doit vraiment partir. Nous devons les tuer avant qu'ils ne nous créent trop d'ennuis. Avec les humains, il y a une obligation de discrétion qui est brisée à cause d'eux. Gabriel nous met ces meurtres sur le dos. Et nos traques jusqu'à présent se sont révélées inefficaces, ils doivent vivre plus loin et nous avons besoin de plus de temps sans rentrer pour les trouver. Je suis désolé. Plus vite nous les chassons, plus vite nous pourrons revenir et vivre normalement. » Jeanne le fixait, ne sachant quoi dire. Elle était en colère et malheureuse, se sentant abandonnée une fois de plus. « Et moi, je vais faire quoi ? Je vais rester ici ? Toute seule comme un pain sec ? » Il fronça les sourcils : « Tu pourrais aller chez Nick...

            - Non le pauvre, je l'ai assez dérangé comme ça. Et on ne sait jamais, je pourrais lui demander de me consoler... » Loup eut un regard de haine l'espace d'une seconde mais il se calma, n'insistant pas pour qu'elle loge là-bas. Même s'il combattait ce désir, il la voulait, elle était à lui...

            Elle revint dans le salon et s'assit sur un pouf à l'écart pendant que les autres s'agitaient, rangeant leurs affaires, préparant des armes, des vêtements de rechange. Elle regardait faire, mal à l'aise, puis quand ils furent prêts, Loup vint vers elle. « Tu descends au garage ? Nous souhaiter bonne chasse ?

            - Non. Je ne veux pas vous voir partir risquer votre peau. » Elle se tourna vers Marcus et pointa son index sur lui : « Et toi là, le lion-garou, je te préviens que si quoi que ce soit arrive à Loup, je me chargerai de te transformer en descente de lit ! » Le noir éclata de rire, suivi par Amya et son rire si effrayant. Loup sourit et lui dit : « Tu es ici chez toi, les clefs sont accrochées à côté de la porte, tu peux utiliser la voiture que tu veux et le code de l'alarme est 1478.

            - Ouais, ouais, super. Allez, tirez-vous avant que je pleure. » Loup lui caressa la joue et elle dut résister à son envie de lui embrasser les doigts. Il s'éloigna, s'arrêta, puis fit demi-tour et embrassa la jeune femme sur les lèvres. Elle frémit et ferma les yeux, puis quand, il repartit, Sarah lui jetant un regard noir, elle s'écroula dans le grand canapé et y resta, perdue dans ses pensées, jusqu'à entendre la lourde porte du garage se fermer et plusieurs motos s'éloigner. Elle était seule dans cet immense loft étranger et se demandait si tout ce qu'elle vivait était bien réel.

            Après avoir ruminé quelques temps, s'être lavé les cheveux pour enlever toute trace de l'odeur de Loup, qu'elle aurait pourtant aimé garder sur elle, respirer son parfum sur son oreiller... Une fois qu'elle eut jeté un bref coup d'œil dans la bibliothèque magnifique de son hôte, elle décida de sortir. Elle irait voir Nick, lui au moins il serait plus à même de discuter avec elle.

            Le bar était occupé par seulement un couple qui prenait un café, s'abritant de la pluie battante, et Nick salua la jeune femme chaleureusement. « Jeanne ! Ça alors ! Si je m'attendais à te revoir ! » Il eut soudain l'air inquiet : « Attends, tu as bien vu Loup hier soir, hein ? » Elle sourit et s'assit au comptoir : « Oui je l'ai vu, et oui, je sais.

            - Tu es sûre ?

            - Oui.

            - On parle bien de la même chose ?

            - Oh bah écoute, si tu parles de sa passion pour la philosophie et la littérature, non, mais si tu parles son côté bestial, alors oui ! » L'homme semblait perplexe. « Et tu es encore là ?

            - Eh oui... au grand regret de certains...

            - Certaines plutôt, non ? » Jeanne sourit et haussa les épaules. « Bon, figure-toi que je suis abandonnée toute seule, ils sont partis quelques jours. » Nick fronça les sourcils : « Ça sent pas bon pour les intrus, ça.

            - Je ne sais pas, j'avoue que je suis inquiète. Ils sont peut-être plus nombreux ? Ils pourraient... » Son téléphone sonna et elle répondit sans même prendre la peine de regarder qui appelait. « All...

            - Jeanne ? C'est Chantal, votre belle-mère, vous vous souvenez ? » À vrai dire non, elle avait complètement oublié son existence. Elle fit une grimace et Nick lui servit un jus d'oranges sanguines, restant à côté d'elle ; il semblait avoir compris que cet appel ne la réjouissait pas. « Oui oui, qu'est-ce que vous voulez encore ?

            - Sur un autre ton jeune fille, sur un autre ton ! On peut savoir où vous êtes ?

            - Euh... non. Pourquoi, je devrais être ailleurs ?

            - Votre conjoint est à l'hôpital et vous n'êtes pas avec lui ? » Elle haussa un sourcil : « Quoi ? Je comprends rien, de quoi vous parlez là ?

            - Bastien ! Mon fils ! Vous savez, celui qui vous nourrit depuis sept ans, il est à l'hôpital je vous signale ! Et son état est grave ! Vous devriez être à ses côtés !

            - Non, mais euh... Non ! J'ai autre chose à faire ! Et je vous signale que votre cher enfant m'a foutue dehors après m'avoir tabassée alors franchement, je sais pas ce qu'il lui est arrivé mais je ne vais pas le plaindre ! » Elle entendit un cri outré et ne put s'empêcher de sourire. « Je vous préviens demoiselle, je... je vais porter plainte ! Pour diffamation ! Mon fils ne ferait jamais de mal à une mouche !

            - Une mouche, je sais pas, mais moi si. Et portez plainte tant que vous voulez, vous aurez l'air stupide devant la justice, c'est tout ! » Elle raccrocha mais son cœur battait la chamade et elle était à cran. Elle n'aimait pas ça. Elle but quelques gorgées de son jus de fruits acide à souhait et dit à Nick : « Bastien, mon ex, Loup lui a pété la gueule.

            - Je sais.

            - Et si quelqu'un nous avait vus ? Si on le recherchait ? Ou moi ? » Nick secoua la tête : « Tu n'as rien à craindre, il ne t'arrivera rien, tu n'étais que témoin.

            - Mais Loup, alors ?

            - Lui non plus. Il n'a pas à craindre de la justice des hommes. » Elle fronça les sourcils. Ah oui, il devait seulement craindre la justice divine ? Oh, bah ça allait alors !

            Elle passa quelques heures avec Nick, le secondant dans la soirée quand il y avait du monde, puis elle rentra au loft. Cet espace immense et froid, entièrement vide, la déprimait, elle passait donc son temps dans l'appartement de Loup. Sa bibliothèque était une merveille. On y trouvait des ouvrages anciens, des livres qui avaient dû être lus tant de fois que leur état laissait à désirer, des romans, de la littérature classique, de la philosophie, des ouvrages de médecine, de mécanique, d'astrologie, de navigation... Elle passa son temps à lire. Certains bouquins étaient annotés, d'autres avaient juste des passages soulignés au crayon, entrer ainsi dans la vie du Loup était passionnant. Qui aurait cru que sous ses airs de prédateur rustre et dangereux se cachait un lettré ?

            Après quatre jours, alors qu'elle tournait de plus en plus en rond, s'inquiétant toujours un peu plus, elle reçut un appel qui la réjouit. Nadia l'invitait à une soirée pour l'anniversaire d'un de ses amis. Ne connaissant pas le garçon, elle s'étonnait d'être invitée mais son amie lui expliqua : « Il a son frère qui est célibataire, je me suis dit que ça pourrait t'intéresser !

            - Je suis navrée copine de moi, mais je crois que je ne suis plus disponible.

            - Tu crois ? Comment ça, tu crois ? Le grand mec de la dernière fois à la boxe ? Mais arrête, il a vingt ans de plus que toi ! C'est débile ! Dans cinq ans, il aura un cancer de la prostate et il pourra plus bander ! Là c'est du jeune que je te propose ! De la viande fraîche ! » Jeanne éclata de rire : « Non mais arrêtes, vous avez déjà commencé à picoler ou quoi ?

            - Ouiiiii ! Bon allez viens et tu verras, je suis sûre que tu trouveras mieux que ton grand-père ! » Jeanne, qui avait une furieuse envie de se changer les idées, alla donc passer une tenue plus festive : un jean pas déchiré et un débardeur un peu décolleté, et elle partit rejoindre ses amies. Elle tenta de traîner Nick avec elle mais il déclina, il semblait contrarié par le simple nom du bar où elle avait rendez-vous. « T'inquiète pas va, je promets de garder mon argent pour consommer chez toi. » Il sourit mais restait tendu : « Fais attention à toi, surtout...

            - Ah oui, je dois me méfier du grand méchant loup ! Non sans rire, relax, je vois pas ce qui pourrait être plus dangereux que de vaquer au milieu d'une meute de garous ! »

            Elle arriva une heure après devant un bar ultra branché exactement comme elle n'aimait pas. C'était une manie chez Nadia de la traîner dans ces coins hype où tout le monde, au lieu de vouloir faire la fête, venait se montrer... On lui présenta le fameux frère célibataire, un gringalet insipide et supporter de foot, et Jeanne finit très vite seule sur une banquette à siroter un cocktail de fruits hors de prix. Elle s'ennuyait à mourir, la musique était affreuse et les gens horripilants ; aussi, elle accueillit avec le sourire l'homme qui venait de s'asseoir à coté d'elle la mine renfrognée. Il semblait aussi ravi qu'elle d'être ici et en plus, il était sublime. Grand, mince, un visage fin, de longs cheveux noirs ondulés, les yeux verts, un bouc parfaitement taillé, la peau blanche, de longs doigts fins... On aurait pu le croire sorti d'un film de cape et d'épée. « Je peux m'asseoir ici ? Ça a l'air d'être la seule place que les gens évitent.

            - Il faut dire que je la défends bien. » Il sourit et tendit une main : « Je m'appelle Adam.

            - Jeanne, enchantée. Vous êtes ami avec Machin, là ? Le type qui fait son anniv ?

            - Absolument pas, je suis juste un client habituel.

            - Pas de bol alors.

            - Oh... je me trouve plutôt chanceux, s'il n'y avait pas eu cette fête, vous ne seriez pas venue. » Il lui offrit un sourire charmeur et magnifique. Il était vraiment très beau. Jeanne sentit son cœur s'emballer. Ils discutèrent un peu, de tout et de rien, se rapprochant pour pouvoir couvrir la musique, il lui caressait le haut de la main du bout des doigts. Jeanne se sentait bien, en confiance, elle n'avait parlé à presque personne depuis des jours et cette attention lui faisait du bien. Elle le suivit en souriant quand il lui proposa de partir dans un autre bar plus tranquille, Nadia la regarda partir, ravie qu'elle ai trouvé quelqu'un de son âge. Quoi que... il semblait tout de même plus vieux qu'elle.

            La pluie s'était un peu calmée mais il faisait assez frais et Adam tentait de protéger la jeune femme du froid en la serrant contre lui. Ils marchaient enlacés depuis à peine quelques secondes quand une averse plus forte leur tomba dessus et ils se réfugièrent contre un mur, tentant de s'abriter du mieux possible. L'homme se pencha sur elle et plongea son regard dans celui de Jeanne en lui murmurant : « Je vais t'embrasser. » Elle ne répondit rien et sentit ses lèvres sur les siennes, sur son menton dans son cou. Elle ferma les yeux, envahie par une sensation d'abandon et de délice qui ne dura pas. Elle sentit qu'on arrachait Adam d'elle et eut l'impression qu'on lui déchirait la peau. Elle porta les mains à sa gorge et sentit le sang couler dessus abondamment. Des bras la saisirent et pressèrent la plaie pendant qu'à côté, elle entendait Loup rugir de rage et des bruits de combat. Marcus la serrait dans ses bras en murmurant d'inquiets : « Jeanne, tiens le coup, on va te soigner, ça va aller. Saloperies de sang-froids... Jeanne, tiens le coup hein ! On est là ! » Il cria ensuite : « Loup, bordel, tue-le si tu veux, mais vite ! Sinon c'est elle qui va crever sur ce putain de trottoir ! » Elle ne sut pas vraiment ce qui se passa ensuite. Les images disparurent, puis les sensations physiques. Seuls les sons lui parvenaient, assourdis.

            Elle ne savait pas combien de temps elle n'avait plus entendu les voix sourdes mais soudain elle les perçut de nouveau. Elle ne reconnaissait pas qui parlait mais elle entendait : « Il faut que tu le fasses ! Elle risque de mourir !

            - Je ne peux pas faire ça. Je ne le peux pas ! C'est trop dangereux.

            - Elle va y passer si tu ne le fais pas ! On n'a pas le choix !

            - NON ! Je refuse qu'elle vive ça !

            - Tu veux la perdre ?

            - Arrête, putain... je ne peux pas. Aucun de nous n'a eu le choix et franchement, tu es heureux de cette vie ?

            - Wolf, elle ne pourra pas être heureuse de n'importe quelle vie si elle meurt !

            - C'est bon, j'ai ce qu'il faut pour la perfuser ! On va la sauver !

            - Dépêche-toi, DÉPÊCHE-TOI ! » Les voix disparurent de nouveau.


Par Solenne Pourbaix - Publié dans : Romans en ligne - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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